ACTUALITÉ
Publié
23 May 2026
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Le passeport congolais : un droit confisqué
Entre corruption systémique et timides signaux de réforme, des milliers de citoyens attendent depuis des années un document que la loi leur garantit en quinze jours.
En République du Congo, l'obtention d'un passeport est devenue une épreuve kafkaïenne. Derrière un cadre légal précis et contraignant se cache une réalité faite de files interminables, de délais de plusieurs années et d'un marché officieux où la corruption fait office de sésame. Jusqu'à ce qu'un nouveau ministre annonce vouloir changer la donne.
La loi, claire sur le papier
Le cadre juridique est, lui, sans ambiguïté. Le Décret présidentiel n° 2009-160 du 20 mai 2009, en son article 2, institue le passeport biométrique et dispose qu'il est délivré à tout citoyen congolais sur présentation d'un dossier complet. L'Arrêté ministériel n° 2220 du 9 octobre 2015 est plus précis encore : il fixe les frais de chancellerie à 50 000 FCFA et impose un délai légal de quinze jours après enrôlement.
Des textes clairs, des délais courts, un tarif accessible. Sur le papier, la promesse est tenue.
La réalité, tout autre
Mais la pratique raconte une autre histoire. De nombreux témoignages, recueillis auprès de citoyens qui ont accepté de s'exprimer — souvent à demi-mots —, font état de délais atteignant deux, trois ans, parfois davantage. Les livrets de passeports — désignés dans le langage courant comme les cartons — manquent. Les files s'allongent. Et l'attente, pour beaucoup, n'a pas de fin visible.
« Plus on paye, plus on avance. »
Une règle tacite, connue de tous, jamais assumée officiellement.
Dans ce contexte, la corruption s'est imposée comme seule issue praticable. Le tarif légal de 50 000 FCFA se transforme en 100 000, 200 000, parfois 300 000, 400 000, voire 500 000 FCFA, selon la célérité souhaitée. Un système parallèle, rodé, invisible officiellement, mais vécu comme une réalité quotidienne par les usagers.
Soit jusqu'à dix fois le tarif légal fixé par l'arrêté ministériel de 2015.
Le silence comme réponse
Ce qui frappe peut-être autant que les chiffres, c'est le silence. Face à la caméra, la quasi-totalité des citoyens rencontrés refusent de s'exprimer. Pas d'indignation publique, pas de mobilisation collective — seulement cette résignation lourde, ce repli vers soi, signe d'une population convaincue que la loi, pourtant claire dans ses articles, n'est plus qu'une promesse sans effet. La peur, la lassitude et le sentiment d'impuissance se lisent dans ces silences plus que dans n'importe quelle déclaration.
Un ministre et un espoir
Le 24 avril 2026, le général Jean Olessongo Ondaye est nommé ministre de l'Intérieur. Le 5 mai, lors de sa prise de fonction, il annonce ses premières mesures : changement de direction des services des passeports, lancement d'un audit interne et rappel public du tarif légal fixé par l'Arrêté ministériel n° 2220. Dans l'opinion, ces décisions sont accueillies comme un signal positif, une volonté de briser le cercle vicieux.
Militaire de formation, reconnu pour sa rigueur et son attachement aux valeurs républicaines, Olessongo Ondaye incarne, aux yeux d'une partie de la population, la figure du réformateur intransigeant. Sa nomination nourrit un espoir prudent : celui d'un retour à l'équité et à la transparence dans un service que chaque citoyen est, un jour ou l'autre, amené à solliciter.
Le passeport, symbole d'une citoyenneté perdue —
et peut-être, demain, d'une citoyenneté retrouvée.
Aujourd'hui, ce petit livret bordeaux incarne l'impuissance d'une population résignée. Demain, il pourrait redevenir ce qu'il n'aurait jamais dû cesser d'être : un droit, simple, accessible, garanti. Entre résignation et espoir, le Congo se tient à la croisée des chemins.
(DRTV/Bob Charismat Lokoli)
La loi, claire sur le papier
Le cadre juridique est, lui, sans ambiguïté. Le Décret présidentiel n° 2009-160 du 20 mai 2009, en son article 2, institue le passeport biométrique et dispose qu'il est délivré à tout citoyen congolais sur présentation d'un dossier complet. L'Arrêté ministériel n° 2220 du 9 octobre 2015 est plus précis encore : il fixe les frais de chancellerie à 50 000 FCFA et impose un délai légal de quinze jours après enrôlement.
Des textes clairs, des délais courts, un tarif accessible. Sur le papier, la promesse est tenue.
La réalité, tout autre
Mais la pratique raconte une autre histoire. De nombreux témoignages, recueillis auprès de citoyens qui ont accepté de s'exprimer — souvent à demi-mots —, font état de délais atteignant deux, trois ans, parfois davantage. Les livrets de passeports — désignés dans le langage courant comme les cartons — manquent. Les files s'allongent. Et l'attente, pour beaucoup, n'a pas de fin visible.
« Plus on paye, plus on avance. »
Une règle tacite, connue de tous, jamais assumée officiellement.
Dans ce contexte, la corruption s'est imposée comme seule issue praticable. Le tarif légal de 50 000 FCFA se transforme en 100 000, 200 000, parfois 300 000, 400 000, voire 500 000 FCFA, selon la célérité souhaitée. Un système parallèle, rodé, invisible officiellement, mais vécu comme une réalité quotidienne par les usagers.
Soit jusqu'à dix fois le tarif légal fixé par l'arrêté ministériel de 2015.
Le silence comme réponse
Ce qui frappe peut-être autant que les chiffres, c'est le silence. Face à la caméra, la quasi-totalité des citoyens rencontrés refusent de s'exprimer. Pas d'indignation publique, pas de mobilisation collective — seulement cette résignation lourde, ce repli vers soi, signe d'une population convaincue que la loi, pourtant claire dans ses articles, n'est plus qu'une promesse sans effet. La peur, la lassitude et le sentiment d'impuissance se lisent dans ces silences plus que dans n'importe quelle déclaration.
Un ministre et un espoir
Le 24 avril 2026, le général Jean Olessongo Ondaye est nommé ministre de l'Intérieur. Le 5 mai, lors de sa prise de fonction, il annonce ses premières mesures : changement de direction des services des passeports, lancement d'un audit interne et rappel public du tarif légal fixé par l'Arrêté ministériel n° 2220. Dans l'opinion, ces décisions sont accueillies comme un signal positif, une volonté de briser le cercle vicieux.
Militaire de formation, reconnu pour sa rigueur et son attachement aux valeurs républicaines, Olessongo Ondaye incarne, aux yeux d'une partie de la population, la figure du réformateur intransigeant. Sa nomination nourrit un espoir prudent : celui d'un retour à l'équité et à la transparence dans un service que chaque citoyen est, un jour ou l'autre, amené à solliciter.
Le passeport, symbole d'une citoyenneté perdue —
et peut-être, demain, d'une citoyenneté retrouvée.
Aujourd'hui, ce petit livret bordeaux incarne l'impuissance d'une population résignée. Demain, il pourrait redevenir ce qu'il n'aurait jamais dû cesser d'être : un droit, simple, accessible, garanti. Entre résignation et espoir, le Congo se tient à la croisée des chemins.
(DRTV/Bob Charismat Lokoli)